Première édition
Les Clowns Lyriques, Gallimard nrf, 1979, 263 p.
Nouvelle version du rarissime Les Couleurs du Jour

Résumé
Sur le fond du carnaval de Nice, des "clowns lyriques" -c'est ainsi que Gorki appelait les idéalistes "qui font leur numéro dans l'arène du cirque bourgeois" - tentent d'oublier un monde en proie aux conflits meurtriers et de se débarrasser en même temps de l'espoir irrépressible qui les torture. Tous ces tendres voient dans l'amour le seul refuge où un homme peut abriter sa tête rêveuse." Romain Gary, quatrième de couverture
Extraits Choisis
"Par la baie vitrée du Negresco, Willie Bauché regardait le soleil et le mer célébrer midi dans un équilibre parfait, avec la tranquille assurance d'un couple de danseurs illustres sur une scène de province. Bien enlevé, pensa-t-il, en observant la pose en connaisseur."
"L'humour aussi est un sentiment douloureux."
"On peut regretter toute sa vie, mais on ne se trompe jamais en amour."
"Il suffit d'être aimé de quelqu'un pour lui apporter toutes les conquêtes que l'on a tentées en vain et pour accomplir pleinement une oeuvre dont on n'a connu jusque-là que l'échec..."
Critiques de l'époque
Bibliographie
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« Je demeure entièrement fidèle aux aspirations que je moque et agresse dans mes livres afin de mieux en éprouver la constance et la solidité. Depuis que j'écris, l'ironie et l'humour ont toujours été pour moi une mise à l'essai de l'authenticité des valeurs, une épreuve par le feu à laquelle un croyant soumet sa foi essentielle, afin qu'elle en sorte plus souriante, plus sûre d'elle même, plus souveraine. »
Dans la préface de ce petit bijou de livre, Gary met son lecteur en garde: il s'attaque avec ardeur, dans toute son oeuvre, aux idéaux en tous genres, mais c'est parce qu'il ne parvient pas à s'en débarrasser, parce qu'il est un rêveur incapable de se situer dans ce monde imprégné partout par l' « inhumanité de l'humain ». L'écriture était son exutoire, sa bouée, l'ami qui lui a si longtemps ôté le pistolet qu'il voulait se mettre dans la bouche depuis qu'il avait atteint l' « âge d'homme ». Lucide, Gary, en dépit de ses multiples facettes, l'était beaucoup trop. Il avait choisi l'humour comme moyen le plus sûr de se distancer de la mascarade qui se répète chaque jour sur notre planète. Mais c'est une manière de rire de tout qui était trop « frontale », trop cynique pour être appréciée à sa juste valeur par les lecteurs. Ses livres les plus bouleversants de vérité sarcastique ont été un échec, de « Tulipe » à « Adieu Gary Cooper » en passant par « La danse de Gengis Cohn ». Gary se sent incompris. Il met alors au point le plus grand canular de l'histoire littéraire, il continue à se rire de tout, mais il invente une écriture nouvelle en se jouant de tout le monde. Il reprend une prose beaucoup plus proche de celle du « Grand vestiaire », il enfante une langue où tout est jeu, jonglant avec des expressions consacrées qu'il déconstruit, portant ses yeux de grand enfant sur les atrocités qui nous entourent. Il devient Ajar. Il se lâche complètement, profite pleinement de ce qu'il appelait sa bâtardise pour inventer des expressions de génie.
De « Gros Câlin » à « L'angoisse du roi Salomon », tout le monde crie au génie.
De son côté, Gary se marre, il rit, jaune, il les a tous eu et il va donc bientôt pouvoir s'en aller. Mais, avant de partir, il nous laissera encore « Les cerfs-volants » et … « Les clowns lyriques », qui prennent alors une saveur encore plus particulière.
Retournons à la préface. Gary parle de son personnage comme d'un type qui « se jette à corps perdu dans la bouffonnerie, la parodie et la dérision pour tenter d'échapper à son aiguillon ». Comme lui. Comme il le fait dans son oeuvre littéraire depuis plus de trente ans, essayant toujours de trouver le ton de voix qui convient pour raconter une histoire, la vérité (c'est quoi ça ?!?) important peu.
« Notre Père qui êtes au ciel, pria-t-il. Permettez-nous de nous élever ! Permettez nous d'accéder à la surface, rendez-nous superficiels ! […] Avant de créer de nouveaux Staline et toute la ribambelle de géniaux pères des peuples, écoutez longuement le coeur des hommes et des femmes qui font l'amour : retenez-vous. Laissez-les continuer. Ne les dérangez sous aucun prétexte. Gardez le génie pour Vous : Vous en avez singulièrement besoin, c'est un homme qui vous le dit. […] »
Chapitre 12, Gary reprend une prière, un cri du coeur poussé près de trente ans plus tôt. Malgré tout ce qu'il a vécu, il nous enseigne la chose la plus précieuse qu'il soit, il nous invite à continuer à nous émerveiller et à refuser de devenir aigris par cette vie qui ne nous épargne parfois pas. Avant son ultime offrande à l'histoire, il nous remet entre les mains son chant de « jeunesse » dédié à l'amour.
« Je vais rompre enfin avec celui qui a toujours su que toute oeuvre humaine ne peut être que de l'à- peu-près et qui n'a pourtant jamais pu se contenter de l'à-peu-près. Celui qui a lutté contre les démons de l'absolu et qui n'a pourtant jamais su faire lui-même cette paix avec l'impossible. Qui a toujours su que rien n'est plus ennemi de l'humain que l'extrémisme de l'âme et qui est pourtant lui-même un extrémiste de l'âme ».
On ne saurait mieux dire ...
Par Katch
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